Senamo, sad boy optimiste

Senamo s’est révélé en mai 2018 avec son premier projet solo depuis 2013. Il s’appelle « Poison Bleu », est complètement trap, avec notamment un Youv Dee en featuring. On retrouve également Roméo Elvis et Rob-D sur ce projet. Senamo nous présente ses démons dans ce projet qui n’est finalement pas si sombre. 

DTJ : Salut Senamo, tu peux te présenter en quelques mots pour ceux qui te découvriraient ?

Senamo : Je suis Senamo, je suis rappeur de La Smala. Ça fait une dizaine d’années que je rap, je viens de Bruxelles.

 

DTJ : La Smala ça fait combien de temps que ça tient, depuis 2011 c’est ça ?

Senamo : En vrai ça fait depuis 2007 qu’on a commencé. Après les trucs se sont concrétisés vers 2010, 2011. On a commencé à faire des premières net tapes gratos à l’époque.

 

DTJ : C’est que du rap avec La Smala ou vous faites un peu de graf aussi ?

Senamo : À l’époque on taguait, on faisait un peu de graf. Les membres principaux ont tous un peu tagué. Après on a fait du rap en parallèle, on a vu que c’était plus gratifiant que le tag. Le tag c’est un monde super fermé, à part se créer des embrouilles avec d’autres gars et prendre des risques d’amendes, de prises de têtes, ça ne te ramène pas grand chose. Après c’est un kiffe de fou, c’est un peu une maladie. On est partis sur le rap, des gens disaient que c’était bien, donc forcément ça nous a plus motivé à continuer. Vu qu’on se connectait entre gens qui rappaient et qu’il n’y en avait pas énormément à l’époque, on se créait un petit cercle entre nous, et on kiffait, on s’amusait. C’est comme ça qu’est né le groupe La Smala sans aucune prise de tête, super naturellement.

DTJ : Pour toi, l’écriture est venue avant le rap ou en même temps ?

Senamo : L’écriture est venu avec le rap. Après j’aimais bien faire des rédactions en français, ça me faisait rire et je trouvais ça cool, c’était mieux que de faire des calculs. Mais c’est vraiment le rap qui m’a fait écrire.

 

DTJ : T’as sorti l’EP “Poison Bleu” en mai 2018. Tu es content de comment il a été reçu ?

Senamo : Ouais, c’est un peu comme un nouveau départ pour moi comme je viens d’un groupe. Je sais qu’on nous a pas mal écouté, donc ça veut dire que les gens nous ont collé une étiquette, on a fait ce qu’on avait à faire et on a kiffé. La musique a évolué, j’ai évolué avec aussi. Forcément quand j’ai fait “Poison Bleu”, des gens ont été un peu surpris. Je suis content parce que je fais ce qui me plait, et je me sens bien dans ce que je fais, donc je suis content du projet, de ce que les gens en disent. Il y en a qui se rendent compte que ça me va bien, que c’est ma personnalité, que c’est moi. Ça, ça fait plaisir, et c’est aussi pour ça que je reste là-dedans et que je continue à prendre du plaisir dans ce que je fais, c’est ça le principal.

 

DTJ : Ça faisait depuis “Des lendemains sans nuage” que tu n’avais pas sorti de projet solo en plus.

Senamo : Oui c’est ça. Sinon j’avais fait des trucs en duo. J’avais fait un projet avec un gars de Bruxelles qui s’appelle Neshga. J’en avais aussi fait un avec Seyté et Mani Deïz, un projet ultra old school. Et pour moi c’est vraiment une cassure. J’ai fait tout ce que j’avais à faire en old school, avec Mani Deïz qui est pour moi un des mecs qui fait les meilleures prod° old school, et avec Seyté qui est un des meilleurs rappeurs dans ce style-là aussi. C’est fait, c’est bon j’ai donné ce que j’avais à donner dans le old school et maintenant je peux enfin me libérer de ça. Après les gens kiffaient, et auraient aimé que je continue là-dedans parce qu’ils ont apprécié le produit.

DTJ : C’est vrai que c’est assez différent que ce qu’on a l’habitude d’entendre venant de toi. Déjà c’est full trap. C’est aussi un peu plus introspectif, tu parles plus de toi. Du coup, ça te laisse un peu plus de liberté de faire des choses tout seul ?

Senamo : Ouais, c’est ça. En groupe forcément, tu te mets pas autant en avant, c’est agréable de donner sa force dans le groupe, et que chacun puisse apporter sa petite touche. On a toujours kiffé ça dans le groupe, c’est un partage quoi. Maintenant je suis tout seul, forcément je parle plus de moi. J’ai pas d’autres thématiques, je trouve ça logique en fait. C’est un peu un truc de rap de blanc européen qui me correspond totalement.

 

DTJ: Tu gardes quand même plus ou moins les mêmes thèmes. T’es toujours assez négatifs dans certains morceaux.

Senamo : Moi je dis que ce n’est pas négatif mais réaliste en fait. C’est juste que la réalité n’est pas super positive. Dans ce que je dis, j’ai toujours l’impression d’avoir une note d’espoir. Au final, la vie est telle qu’elle est, c’est pas super cool, c’est pas super chouette, il y a plein de trucs qui sont déprimants. Mais à côté de ça c’est super cool d’être vivant déjà, et de profiter de ses proches, d’avoir des choses que t’aimes. Donc il y a plein de trucs qui sont positifs, et j’essaye de mettre cette nuance-là. J’aime bien tout ce côté noir, il y a un truc qui me fascine avec la mort, c’est pas un truc morbide, je ne suis pas sataniste ! Mais je trouve que c’est intéressant. La mort a toujours intrigué les civilisations, depuis la nuit des temps.

 

DTJ : Tu le disais dans une interview que justement, tu étais plutôt optimiste dans la vie en générale.

Senamo : Oui de fou. Je ne suis pas dans un coin à déprimer en boule. J’aime bien la vie, j’aime bien rigoler. Après, je suis fasciné par ça, et c’est la réalité qui est comme ça. Je trouve que la réalité est triste et pas super cool, quand tu vois le monde. Les animaux ça tue, c’est cruel, ça n’a pas de sens de la bonté. C’est nous qui avons mis du sens moral dans les choses. C’est tout ce truc-là qui me fait être réaliste, mais c’est clair que ça peut sonner comme quelqu’un de défaitiste et négatif.

DTJ : Un morceau m’a marqué, c’est “Le village des damnés”. La plupart des artistes représentent leur ville d’une façon méga chouette, et toi t’as comparé ça à quelque chose de pas très gai. Pourquoi ?

Senamo : C’est le constat que je fais. J’aime ma ville, j’aime Bruxelles, mais je trouve qu’il y a aussi un côté dans les villes d’individualiste de ouf. C’est un peu nouveau, c’est morbide, il y a de la pauvreté, je suis souvent face à ça dans le rue, je vois souvent des pauvres. Je vis dans un quartier populaire, donc même si j’apprécie le climat et comment sont les gens dans ce quartier, je fais face tous les jours à des situations qui me font dire que l’être humain est taré. Autant face à des gens qui sont fous dans la rue et qui crient, que face à la misère humaine, ou sociale parfois. Je me dis que le monde est con quand je vois ça, les gens deviennent de plus en plus bêtes ils se contentent de ça et ils sont heureux dans leur petit chez eux. C’est tout cet univers-là qui m’a fait faire la comparaison avec le village des damnés. Les villes des damnés c’est partout dans le monde. C’est devenu ça la société, c’est devenu de la science-fiction. Il y a 50 ans, les gens ne s’imaginaient pas que ça partirait comme ça en couilles. Quand on regarde les infos, on se dit que ça devient ouf, comme par exemple l’Inde qui tire sur des satellites sans prévenir, ça devient vraiment de la science fiction.

 

DTJ : T’as décidé de faire un seul clip pour deux morceaux, t’as fusionné le titre “Poison Bleu” et “Village des damnés”. Ce sont deux titres qui contrastent, qui sont très différents. Pourquoi t’as décidé de faire ça ?

Senamo : Je ne sais pas, c’était un peu un choix de zinzin. Je n’avais pas envie de faire un seul clip, je n’avais pas vraiment les moyens pour en faire deux. J’avais envie de mélanger des idées, et je trouvais le contraste chouette. Je trouvais qu’il y avait un truc intéressant à faire et j’ai kiffé faire ça.

DTJ : Tes clips sont toujours sont toujours assez impressionnants, on sent qu’il y a une inspiration de fou derrière. Comment ça te vient toutes ces idées ? Par exemple sur “La face cachée de la Lune”.

Senamo : Il y a beaucoup d’aide de gens autour de moi pour les visus déjà. Je kiffe de fou les mangas, les séries, les films, jusqu’aux films coréens et tout ça. J’aime vraiment l’imagerie, le visuel, l’esthétique tous ces trucs, et donc j’accorde à fond une importance à ça. Il y a plein de mecs, comme A$AP Rocky, dont j’aime bien l’esthétique. À côté de ça c’est naturel pour moi parce que je kiffe ça. J’essaye de faire attention à moi dans une ère où il y a de plus en plus de visus et où tout passe inaperçu et où tout est consommé à une vitesse inimaginable.
Sur “La face cachée de la Lune” c’est des dessins, c’est une meuf qui s’appelle @h.paulynka sur Instagram. J’avais un dessinateur que je kiffais, donc elle s’est vraiment inspirée de tous ses dessins, je lui ai dit ce que je kiffais comme jeux vidéos, comme bazare, et après elle a imaginé tout un visu autour de ça. 
C’est le rap ça, il y a des beatmakers qui sont derrière, il y a des mecs qui font du mix, il y a des gars qui masterisent, il y a des gars qui font des visus, des photos. T’es pas tout seul non plus, mais c’est cool que ce soit mon univers, et de savoir aussi ce que je veux, et ça je le sais de plus en plus.

 

DTJ : J’ai vu que tu avais un nouveau projet qui arrivait bientôt. Du coup c’est solo ? C’est un EP aussi ?

Senamo : Yes exact. C’est un EP aussi, ce sera dans le même format que “Poison Bleu”. Ce sera dans le même délire, un peu la prolongation du truc. C’est pour enfoncer le clou dans ce que je fais, et puis même j’essaie de continuer à faire ce que j’aime et de continuer dans cette direction qui est dans ce délire un peu “sad boy” j’ai envie de dire pour vulgariser le truc.

 

DTJ : Du coup, à quand l’album ? Ça fait longtemps maintenant que tu rap.

Senamo : C’est chaud. D’abord on devait faire un album en groupe avec La Smala, donc c’est peut-être le seul regret qu’on pourrait avoir, c’est de ne pas avoir pu faire un album.

 

DTJ : Mais ce n’est pas la fin de La Smala là ?

Senamo : Ce n’est pas la fin, mais tu sais bien on vieillit et on a d’autres ambitions chacun en solo donc peut-être qu’on se retrouvera. Mais on voulait faire un album au moment où il fallait le faire, peut-être pas après, après ça aura une autre saveur. Après qui sait, moi je ne crache pas là-dessus. Mais tu vois, un album c’est quand même un bail carré.
Après je ne sais pas si le suivant sera un album. Parce que j’ai envie d’être assez libéré, tandis que pour un album, j’ai l’impression qu’il faut avoir une plus grande fan base pour pouvoir me dire que je vais partir dans un travail où je me casse la tête dans tous les sens, même dans la direction, dans les instruments… C’est comme ça que je vois un album. Pour le moment les EP c’est cool, la musique se consomme vite, moi j’aime bien faire de la musique, donc autant balancer les trucs. Il y a des rappeurs qui restent trop endormis sur leurs sons. Moi je me dis, autant balancer et c’est cool comme ça.

 

DTJ : Dernière question Senamo, le site s’appelle “Dans Ton Jukebox”, tu mets quoi dans ton jukebox aujourd’hui ?

Senamo : Pour le moment je suis dans des bails un peu bizarre de rap californien des années 40, ou 60. Même les Beatles, des bails comme ça, je kiffe Love, un groupe qui est à fond dans le psychédélique et tout. Sinon, j’écoute des trucs très trap zinzin, sinon classique, les Trippie Redd, les trucs comme ça. J’aime bien le rap cloud, les sad boys et tout ça. Ça c’est ce que je mettrais dans mon jukebox.

 

DTJ : Merci Senamo !

Senamo : Eh ben avec plaisir !

 

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