INTERVIEW : Liksa – Embryon

Liksa, jeune rappeur toulousain dont je vous avais déjà parlé à l’occasion de mon article sur la Scène Rap Toulousaine Vol.1, a sorti ce dimanche 2 Juillet son premier EP : Embryon. Après quelques écoutes attentives de ce projet, j’ai alors rencontré Liksa pour la seconde fois afin de vous offrir un maximum d’informations sur la construction de ces 5 titres. Voici donc mon interview de Liksa pour Embryon!

 


DTJ : Comment en es-tu venu à aborder le projet d’un EP, qui est ton premier projet concret, et à sauter le pas?

Liksa : Cela faisait à peu près 5 ans que je balançais des vidéos, que ce soit sur YouTube ou Facebook. Je pense que, à un moment donné, si tu veux être pris au sérieux dans ce milieu et avoir un minimum d’impact, il fallait sortir quelque chose de concret. À la base, je voulais faire un album de 11 titres, mais je me suis dit que ça faisait beaucoup à écouter quand les gens ne te connaissent pas, et écrire 11 titres à la suite donne l’impression de devoir écrire une rédaction, donc j’ai décidé de n’en faire que 5. Wan’r, (son beatmaker / Dj) avait pas mal de prods sur lesquelles j’avais déjà gratté ou pas, donc j’ai continué à écrire. L’élément déclencheur qui a permis de faire de cet EP un projet concret a été ma victoire au tremplin Décroche Le Son, m’ayant apporté notamment un soutien financier pour Embryon de part les prix gagnés.

 

DTJ : Comment as-tu trouvé le titre de l’EP, Embryon ? Est-ce que ça représente la naissance de l’artiste?

Liksa : C’est venu à la dernière semaine je crois, tout à la fin. J’ai écouté l’EP et capté sa couleur, et il a un petit côté ado quand même. Je parle d’amour, de là où j’ai grandi. La vie en elle-même, je trouve ça impressionnant. Le sens de la vie est très bien fait. Embryon peut en effet faire référence à la naissance de l’artiste.

 

DTJ : Quand on écoute l’EP, on sent que tu t’y dévoiles beaucoup, je pense notamment à 7/11/11. Pourquoi?

Liksa : C’était une façon pour moi d’enlever le voile, de revenir à pourquoi j’ai commencé à écrire, à savoir un vrai besoin de m’exprimer parce que beaucoup de choses me tracassaient. J’ai été honnête et sincère dans cet EP. Le titre de ce morceau fait référence à la date où on s’est mis ensemble pour la première fois, avec la fille dont je parle. On a eu une relation forte, mais aussi très tumultueuse au fil des années. Je voulais alors, par cette musique, rendre hommage aux prémices de la relation amoureuse, les moments de passion nous saisissent lorsqu’on vit son premier amour.

DTJ : Les personnes ne te connaissant pas et te découvrant par Embryon peuvent aussi s’attacher à ton personnage parce qu’on apprend à le connaitre un peu à travers l’EP.

Liksa : C’est un peu comme les réseaux sociaux où les gens sont très intimistes. Aujourd’hui, quand on écoute de la musique, pour une partie des gens, on s’imagine beaucoup de choses. C’est comme une série où tu suis la vie de quelqu’un. Comme on est tous humains, on traversera tous des palettes d’émotions qui sont vécues à des degrés plus ou moins différents en fonction du parcours de chacun. Mais au final, on touchera tous aux mêmes émotions, que ce soit l’amour, la haine, la joie ou encore le doute, etc…

 

DTJ : Il y a 3 morceaux de ton EP qu’on avait plus ou moins déjà entendu sur scène. C’était une façon de les tester de les faire sur scène ou bien tu ne savais pas forcément encore que tu allais les mettre dans l’EP ?

Liksa : Lorsque j’ai joué dans la rue à Toulouse, j’ai fait des morceaux de l’EP afin de le promouvoir. C’était quelques semaines avant sa sortie. Pas fait Pour je l’avais pas mal joué sur scène, dont au Metronum pour la finale de Décroche le Son, et à ce moment là, l’EP n’était pas encore engagé. Sur cet EP, j’ai affiné mon identité. J’apprends également à affiné ma position par rapport au public, sur ce que je veux communiquer et la manière dont je le fais. C’est important d’être sincère avec les gens qui m’écoutent.

 

DTJ : Justement, parlons un peu de cette expérience de rapper dans la rue. Comment ça t’est venu, et est-ce que ça t’a plu?

Liksa : Je voyais beaucoup à Paris tous ces gens chanter dans la rue, ces spectacles de rue. J’avais toujours voulu le faire mais j’osais pas trop. Je pense qu’il y a vraiment des phases dans une carrière de rappeur où, au début, tu rap, t’aimes ça, mais t’as peur du regard des gens. Mais cette année, il y a eu un déclic pour moi au niveau de la confiance et de la volonté d’envoyer ce que j’ai à envoyer. Toutes les conditions étaient réunies à ce moment là pour faire ce petit show dans la rue, c’était quelques semaines avant la sortie de l’EP,il  y avait des gens autour de moi, il faisait beau. Wan’r a donc ramené son matériel. Jusqu’au dernier moment, on savait pas trop comment poser les platines. Vu qu’il n’y a pas grand monde qui le fait d’habitude, les gens se sont dit que c’était cool, et pas mal de personnes se sont arrêtées.

 

DTJ : T’as mis la vidéo de ce moment dans la rue sur Facebook, ça a très bien rendu et aujourd’hui elle comptabilise plus de 15 000 vues.

Liksa : Honnêtement, je me suis dis « c’est le truc où faut que ça buzz un minimum ». J’ai eu de la chance car j’ai rencontré Thibaut Lefèvre 2 jours avant, je lui ai parlé de mon projet de faire un freestyle dans la rue et d’en faire un rendu vidéo, mais que j’avais encore trouvé personne. Comme il était chaud, il est venu avec Loïc Forques de Blackfog,  et ils ont fait un très bon travail. Quand tu cliques sur le clip, le rendu est esthétique, la musique est sympa, il y a des gens, il fait beau, on est à Toulouse, donc tu restes un peu sur la vidéo, c’est agréable. Ce que j’ai bien aimé, c’est que mon message était « on croit en nous, on avance », et sur la vidéo on voit aussi bien des vieux qui passent, que les mecs en Y sur leurs scooters ou des parents avec leurs enfants. Ça collait bien avec le message, le fait de rassembler tout le monde, le temps d’un instant d’oublier ces stéréotypes.

 

DTJ : Les prods de l’EP viennent majoritairement de Wan’r. C’est lui qui t’a suivi pendant toute la construction du projet?

Liksa : Ça fait 5 ans qu’il me propose des instrus car on est potes. Au début j’avais du mal à sélectionner les prods. Mais ça s’est fait naturellement. Il était avec moi en studio tout le long, comme il est dj avec moi sur scène. Il sait dans quel univers je suis et, par rapport au sien, il y a des choses qui collent, notamment au niveau de la sensibilité artistique. Pour mon prochain projet, je vois qu’il m’envoie des choses plus ciblées, puisqu’il commence à bien me cerner, je capte que direct ça me correspond.

 

DTJ : Du coup il y a un autre projet qui arrive ?

Liksa : Ça n’arrive pas tout de suite, mais je sais qu’il va pas falloir que je perde trop de temps pour que les gens accrochent, qu’ils se disent « c’est un gars sérieux ». Ce sera un deuxième EP je pense. Je suis en train de récolter les prods, j’ai déjà une idée du concept que je veux. Je vais laisser murir tout ça.

 

DTJ : Peux-tu m’en dire un peu plus sur Jay Mootb, ce deuxième beatmaker présent sur l’EP avec le morceau 7/11/11 ?

Liksa : Je le connais de la formation DSH, il vient d’un collectif qui s’appelle Simple Life. J’avais une dizaine de prods à lui, et dès que j’ai entendu la prod que j’ai sélectionné pour 7/11/11, j’ai su de quoi j’allais parler. Ça faisait longtemps que j’avais envie de faire un morceau à propos d’amour comme celui-là, mais il fallait trouver la bonne prod, l’inspiration, et savoir ce que j’allais rencontrer. Des fois ça se passe comme ça, t’as une prod qui te touche, et c’est limite elle qui va te faire sortir les émotions et t’aider à trouver les bons mots pour les retranscrire.

 

DTJ : T’as un très bon featuring avec Ice, du groupe Com’Dab, qui s’appelle « Où ça nous mènera » et clôture l’EP. Tenais-tu vraiment à faire un featuring sur le projet ou c’est venu naturellement?

Liksa : Je tenais pas forcément à faire de featuring puisque ce projet était quand même assez personnel. De plus, Ice, avec son groupe Com’Dab, ils sont plus dans cet égotrip. Ce qui me fait plaisir c’est de le ramener sur l’EP et de le faire entrer dans mon univers. Lui aussi il a un petit côté sérieux et se posait des questions sur le rap. C’était difficile au début de se mettre à gratter, mais une fois le refrain trouvé , »et on verra bien où ça nous mènera », ça s’est débloqué tout seul. Son couplet, je le trouve trop cool et je suis vraiment content du rendu. Ça a amené un peu de fraicheur. Au niveau de l’instru, il s’agit d’un sample de la reprise de Just The Two Of Us de Benjamin Siksou, que j’ai demandé à Wan’r d’intégrer dans une prod.

 


Liksa a sorti, une semaine après son EP, un titre bonus appelé OVLF (On Va Le Faire). Je vous laisse le clip juste ici, à consommer sans modération!

 


Embryon, le premier EP de Liksa, est disponible en téléchargement gratuit sur Haute Culture et Bandcamp, en écoute sur Spotify Deezer, Soundcloud, et même sur Shazam !

Vous pouvez retrouver Liksa sur les différents réseaux sociaux :

 

Mais aussi sur son site internet : https://www.liksa.fr

 

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