INTERVIEW : 312 Corp, ou l’amour de la scène

La 312 Corp est un groupe de rap toulousain, composé de Attila (Mathéo) et Doblebass (Basile). Pris d’amour par la représentation scénique depuis petits, ceux qui ont sorti leur premier EP « CAPSULE CORP (Tome 1) » il y a 5 mois maintenant nous ont accordé un moment pour parler de leur approche de la musique.

DTJ : Bonjour les gars !

Doblebass Bonjour DTJ, ravi d’être là !

DTJ : Vous venez d’où, comment s’est fait cette rencontre ?

Doblebass : On s’est rencontrés en CM2, on a eu un plaisir commun sur tout ce qui est théâtre, musique, la création en fait. C’est de là que c’est parti le fait de créer ensemble.

Attila : C’est surtout parti du théâtre. Dans notre école il y avait des ateliers de théâtre, on en a fait beaucoup ensemble. On a fait un son rap en CM2 pour un spectacle à la fin de l’année. À la base on aimait se mettre en scène, faire les rigolos. On aimait bien aussi je pense que les gens nous regardent, on faisait plein de choses. 

DTJ : ça a continué au collège ?

A : non, on a changé de collège, on n’était plus dans le même. Moi je faisais de la batterie, je dessinais vite fait. On s’est recaptés en toute fin du collège parce qu’on es devenus voisins. 

D : Moi je faisais de la basse, j’écoutais beaucoup de sons, et je dessinais H24. Je voulais reconnecter, faire un groupe parce que faire de la basse tout seul c’est pas terrible. J’ai trouvé Mathéo, on a écrit.

A : Au début on a essayé de faire un groupe de basse-batterie, un peu rock-punk. On n’a pas réussi à se motiver pour écrire des morceaux, mais on ne voulait pas trop faire de reprises, donc on a un peu abandonné l’idée.

DTJ : Vous êtes loin d’avoir que le rap dans vos influences musicales du coup ?

D : Oui tout à fait. On s’est tous les deux butés au punk pas mal. Après, on a eu envie de découvrir des trucs, donc on a fouillé dans ce qui se faisait. L’écriture a toujours été un peu là. Le rap est venu assez facilement.

A : Je me suis mis à écouter du rap quand Basile s’est mis à rapper un peu. J’ai trouvé ça lourd et j’avais envie d’écrire. Donc j’ai vraiment essayé d’emmagasiner des choses, à m’intéresser beaucoup. Je fais pas ça avec les autres musiques, essayer de savoir qui fait quoi, retenir les noms.

Vu comment on part toujours dans tous les sens, c’est sûr qu’on va être amenés à faire d’autres choses à un moment.

DTJ : Aujourd’hui, ça ne vous dit pas de reprendre vos instruments et de faire un son avec ?

D : Ça reviendra à un moment donné c’est sûr.

A : Moi, pour le moment ce qui me plaisait c’était le rap, mais ce qui me plait c’est le monde du spectacle en général. Pour le moment je m’épanouis là-dedans grâce au rap. Mais on ne sait pas, vu comment on part toujours dans tous les sens, c’est sûr qu’on va être amenés à faire d’autres choses à un moment. Je ne veux pas du tout me limiter à ça. Je pense que ça se ressent un peu aussi dans les morceaux qu’on fait. C’est donner la possibilité avec notre musique de pouvoir aller explorer ailleurs, pour ne pas que ça surprenne des gens. 

DTJ : Et l’EP, comment il est arrivé ?

D : On se sentait plus mature (rires). Je ne sais pas, on aime bien le délire tous les deux d’avoir un album entier qui se tient avec un connexion. Et on voulait aussi avoir un truc à présenter si on démarche des scènes, pour se présenter, avec quelque chose qui nous ressemble sur le moment, qui est concis, qu’on construit de A à Z. C’était un essai, et c’est cool.

DTJ : Vous avez mis du temps à le faire le projet ?

D : Ouais de ouf.

A : En fait on l’a fait aussi je pense pour savoir comment on fonctionnait parce que c’était le premier projet qu’on faisait en tant que groupe. Ça va de plus en plus vite pour faire un morceau, mais au début tu te rends compte de toutes les galères qu’il y a pour arriver à un EP fini. Il faut qu’on soit dispos ensemble aux mêmes moments, qu’on se connaisse, il faut savoir comment travailler la musique. Se mettre en groupe, c’est une autre façon de se connaître. Mais c’est lourd ! Je pense que ça prendra de moins en moins de temps. On est au courant des galères qu’il peut y avoir, le temps que ça prend vraiment, le prix des choses ! On n’en parle pas assez de ça, de ce que ça coûte.

Faut vraiment insister sur la scène, parce que moi c’est ce qui me touche le plus dans ce que je fais.

DTJ : Vous parlez aussi beaucoup de la force que vos proches vous donnent. Si vos proches ne vous avaient pas encouragé comme ça, vous pensez que vous vous seriez quand même lancés là dedans ?

A : Moi y a moyen que non. À la base je ne voulais pas forcément me lancer dans le rap. J’ai fait ça parce que je kiffais ça. Quand j’ai commencé à enregistrer des trucs, à avoir des projets, l’entourage me disait “vas y, c’est lourd!”. Du coup t’y vas et quand t’es dedans tu te rends compte à quel point c’est bien. 

D : Faut vraiment insister sur la scène, parce que moi c’est ce qui me touche le plus dans ce que je fais. Je sais pas, il y a peut-être ce côté qui fait qu’on aime qu’on nous regarde. C’est un truc qu’on a en nous, même si on nous avait dit que c’était pas ouf, on l’aurait peut-être fait quand même.

A : Notre toute première scène c’était pour “Décroche le son!”. Le moment le plus kiffant où tu fais ton son c’est sur la scène.

DTJ : Vous avez clippé aucun son de l’EP. Pourquoi ?

A et D : C’est vrai ça….

A : À la base on avait très envie d’en clipper certains. On voulait clipper “Luxe” quand on était en vacances en Italie dans une grande maison avec plein de gens. Le jour où on voulait clipper, l’appareil photo nous a lâché.  C’est plein de mini détails qui ont pris énormément de temps, et moi au bout d’un moment j’en avais marre d’être là-dedans, je voulais juste mettre de l’énergie dans d’autres sons. Après c’est pas impossible qu’on clippe.

D : Il faut des clippeurs aussi ! On a jamais fait des clips de ouf, où on a investi, on s’est toujours démerdés tous seuls. On s’était dit que si on clippait un son de l’EP, il fallait qu’on fasse un vrai truc, dans lequel on mettrait de l’argent. On n’a pas trouvé le moment, l’énergie et les personnes.

A : Je pense qu’on n’a plus envie de mettre l’énergie nécessaire pour faire vivre l’EP encore.

DTJ : Vous voulez continuer à le défendre tout en passant à autre chose.

A : Oui ! Pour moi en fait c’est vraiment notre carte de visite. On en est fiers, mais on a mis tellement de temps à le faire que j’ai plus forcément envie d’être dedans totalement. Sur scène on continue à le faire, il est toujours disponible sur YouTube, Soundcloud et Bandcamp. Maintenant quitte à faire un vrai clip et investir dedans, je préférerais le faire sur un autre son. Après j’aurais l’impression de stagner. Les seules expériences qu’on a eu avec des vrais clippeurs c’était des mauvaises expériences. On a trop envie de maîtriser tout ce qu’on va faire. On est chauds de travailler avec des gens, mais souvent on a du mal à leur laisser carte blanche, à être totalement satisfaits, parce qu’on a toujours des idées arrêtées sur des choses.

D : À la limite avec Jean-Marc Lacaze. Je le big up, c’est celui qui a fait le clip de Pénélope. Juan Marcovitch sur Instagram. C’est un artiste, il habite à la Réunion, il fait des bêtes de trucs, allez voir ce mec.

DTJ : Je voulais juste parler un peu du rap à Toulouse aussi. Vous êtes assez présents sur les évènements. Pour vous, qu’est-ce qui fait que le rap toulousain ne pète pas ?

D : Beaucoup de choses….

A : Il manque un public constitué de gens qui ne sont pas forcément dans le milieu. Il n’y a pas de public réceptif au rap toulousain à part les gens qui sont dedans, du coup ce sont toujours les mêmes personnes qu’on croise et qui écoutent.

D : Les événements qui fonctionnent, c’est toujours un peu la même chose, c’est toujours organisé par les mêmes personnes. C’est une galère aussi d’avoir un lieu, et de faire venir du monde, de faire les démarches. Je pense qu’il y a plein de gens qui ont essayé, mais qui ont laissé tomber pour x raisons. Mais c’est vrai que la question du public joue beaucoup. Ils sont pas prêts à payer. Les rappeurs en plus on est des shlags un peu, on aime bien rentrer sans payer par exemple.

A : Si la personne lambda, qui écoute du rap que de temps en temps, savait qu’il y avait des rappeurs sur Toulouse qui font des trucs bien, peut-être qu’elle nous écouterait comme elle écoute du Niska ou quoi. Et elle viendrait aux concerts qui l’intéressent avec d’autres gens. Pour moi, personne n’est au courant parce que c’est pas du tout mis en avant. Je pense qu’il y en a plein qui habitent Toulouse et qui ne savent même pas qu’il y a des rappeurs chauds à Toulouse.

Toulouse est un peu mis de côté par les grands médias.

DTJ : En plus, la personne lambda qui écoute de la musique est feignante. Elle ne va pas aller chercher trop loin, et elle a la flemme d’aller écouter autre chose, sauf si par exemple Mouloud Achour met l’artiste en avant.

A : C’est ça, Toulouse est un peu mis de côté par les grands médias.

D : Le problème des scènes toulousaines, c’est qu’il y a des petites scènes, il y a des grosses scènes, mais il n’y a pas de scènes intermédiaires où tu peux faire venir du monde pour que ça fasse une bonne synergie et que ça fasse de l’argent. Il y a la Dynamo mais les soirées hip-hop ne ramènent pas forcément du bif, et il faut du bif à un moment donné. Pour le rap underground, il peut y avoir un public. Mais à Toulouse il y a un peu une rupture entre deux univers dans le rap. Il y en a pour qui “autotune” c’est un gros mot, il y en a d’autres qui disent que certains sont des shlags parce qu’ils font du rap trop à l’ancienne. C’est dommage qu’il n’y ai pas de scène où ces gens-là peuvent se côtoyer. Après le rap qu’on écoute en France depuis très longtemps c’est toujours centré Île de France ou alors Marseille, et récemment la Belgique.

A : Il y a des médias qui pourraient mettre en avant le rap qu’il y a dans les villes autres que Paris et Marseille. Mais ils ne le font pas. Ils savent que le rap ça se fait de plus en plus facilement et ça se fait partout. Si tu mâches le travail au public et que tu leur fait découvrir des artistes, ça va se faire un peu tout seul. Un groupe ou rappeur monte, il parle d’autres rappeurs, et petit à petit tu en connais de plus en plus.

DTJ : Pour les gens qui ne sont pas a courant de ce qui se passe à Toulouse, vous leur conseillez d’écouter qui ?

D : Je veux passer une dédicace au Rap d’Hyere quand même. Ces mecs viennent de Hyere les Palmiers. Ils sont arrivés il n’y a pas longtemps ici mais ils sont déjà connus par tout le monde dans le rap toulousain parce qu’ils sont trop gentils, à l’écoute. Tous les mercredis ils font des mixtapes où n’importe qui peut venir rapper. Ils mettent en avant tout le monde.

A : Ils sont vraiment dans l’amour de la culture, du partage. Après, on va citer Lu’K, Carré Noir, Requin Z, KLOM, Yous MC, Oggy Nilz qui a sorti un EP qui marche bien. Mutine aussi qui a sorti un triple EP

DTJ : Dernière question, le site s’appelle “Dans Ton Jukebox”, vous mettez quoi dans votre jukebox ?

A : Moi je mets Brigitte Fontaine… Enfin je vais mettre Rage Against the Machine – Calm like a bomb plutôt.

D : Motorhead, fort. Et puis Le temps d’un ter de Mathéo Kas (Attila).

 

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