Denfima, l’anti-héros du rap

À 23 ans, Denfima est un rappeur très prometteur sur la scène toulousaine. Épaulé par des acteurs importants de la musique à Toulouse, le rappeur a sorti son premier projet « Bloqué là-haut » le 20 janvier dernier.

 

Dans Ton Jukebox : Denfima, pourquoi ce blaze ? 

Denfima : Ça veut dire enfant noir en Doula, qui est un dialecte d’Afrique de l’ouest. C’est un dialecte qui est parlé au Burkina Faso, dont je suis originaire.

 

DTJ : Tu ne fais que de la musique aujourd’hui ou tu continues les cours, ou le travail ?

D : Au moment où on fait cet interview, je ne fais plus rien à côté de la musique. J’ai eu la bénédiction de mes parents il y a pas si longtemps pour me mettre exclusivement dans le son. Avant, j’étais en licence ressources humaines en cours du soir. Je faisais du rap la journée, et les cours le soir.

 

DTJ : Depuis un an, les choses s’accélèrent en effet pour toi. Comment tu expliques ça ?

D : Le travail je pense déjà, sans prétention. Il faut beaucoup travailler de manière générale. Après c’est aussi dû aux rencontres et aux opportunités. Les rencontres dans le sens où, aujourd’hui, il y a une structure comme le Metronum avec laquelle je travaille beaucoup, qui m’a donné des opportunités et ma chance sur pas mal de choses. On a fait en sorte de transformer l’essai. C’est notamment grâce au Metronum que j’ai fait les Francofolies de La Rochelle l’été dernier. Sur le CV ça fait joli. Au Metronum, j’avais déjà fait le tremplin « Décroche le son ! », j’avais aussi fait la première partie de Guizmo et Scred Connexion, donc ils savent ce que je donne scéniquement. L’équipe du Metronum m’a appris beaucoup de choses, et je pense que c’est important de travailler avec des gens du milieu, car ça nous fait avancer plus rapidement, et comprendre un petit peu mieux comment ça se passe. 

 

DTJ : En plus, le Metronum est une salle vraiment en place dans la musique actuelle, et qui donne sa chance aux nouveaux artistes, sans avoir les a priori sur le rap que beaucoup ont.

D : Oui, le gérant du Metronum, Soufiane Djaffer, sait de quoi il parle. Il connait cette musique, et sait aussi juger qualitativement dans quoi un groupe doit s’améliorer ou pas, donc c’est intéressant. Il donne de bons conseils. Dernièrement, c’est aussi le tremplin Imagine que j’ai gagné aux Pays-Bas qui m’a fait avancé. J’y ai participé grâce au Métronum, j’ai gagné le tremplin national à Paris, et je suis donc allé à Maastricht pour la finale internationale. Seul représentant hip-hop, j’ai pris le tremplin comme un concert avec mon équipe, et on a remporté la finale. C’était la première fois que des français remportaient ce tremplin. Niveau crédibilité scénique, c’est plutôt bon pour nous, parce que c’était une compétition tout style, avec des gens en face qui ne comprennent pas forcément ta langue. 

 

DTJ : Tu as sorti ton premier EP, « Bloqué là-haut » ce 20 janvier. Tu es content de la manière dont il a été reçu, ainsi que de la soirée de lancement ?

D : Oui carrément ! La soirée de lancement s’est passée au Metronum. D’un point de vue musical je suis content parce qu’il y a plein de gens qui me disent qu’ils l’écoutent, et surtout qu’ils peuvent l’écouter en boucle, pas parce qu’ils sont fans, mais parce que les morceaux glissent. Il n’y a pas de morceau où tu coinces, où tu te dis « celui-là je vais le sauter ». C’est cohérent. Je suis aussi content parce qu’on est allé au bout, et sortir un projet c’est pas anodin, c’est un accomplissement. De plus, ça plait à des personnes totalement différentes, pour des raisons totalement différentes. Chacun a son morceau préféré, et y trouve un peu son compte. Le concert, c’était top, car j’ai réuni 300 personnes pour mon premier concert solo, qui était au Metronum. Il n’y avait pas de première partie, donc les gens ne venaient que pour me voir. Il y a des gens qui sont venus me soutenir, donc c’était cool. Bigflo et Oli sont venu me donner de la force avec Wawad, ça fait chaud au coeur. Je pense que les gens voient que je suis crédible au niveau du rap toulousain. 

 

DTJ : Aujourd’hui, t’as sorti ton projet, t’as fait beaucoup de scène. Mais comment le rap t’es venu ?

D : D’abord, c’est venu par l’écriture. Quand j’étais plus jeune, j’aimais bien écrire. Les rédactions en français, j’adorais ça. J’ai vécu jusqu’à mes 10 ans au Burkina Faso, où mon frère écoutait beaucoup de rap américain qui était très à la mode là-bas. C’était à l’époque où 50 Cent sortait son premier album, toute cette période-là, 8 Mile et tout ça. Moi je ne comprenais rien, mais j’écoutais. Quand je suis revenu en France, j’ai découvert le rap français. Je me suis alors mis à écrire des textes, puis après c’est la scène qui m’a poussé à continuer.

 

DTJ : Quels artistes t’ont vraiment donné envie de te lancer ?

D : Au tout début, quelqu’un comme Sinik par exemple, on était dans la grande époque de Sinik. Et après c’est surtout Youssoupha, notamment en terme d’écriture. Et après il y a d’autres personnes qui sont venues se greffer à mes écoutes et influences, mais de base c’est ça.

 

DTJ : Ta musique est hyper diversifiée. Ça a vraiment un côté musique populaire, et on retrouve aussi beaucoup de positivité, notamment quand tu tournes ton handicape à la dérision.

D : Ah oui, j’assume totalement ce côté là. Musicalement c’est plus rap populaire. Après mon handicape j’ai jamais vraiment eu de mal à l’accepter, donc c’est normal pour moi de montrer ça, parce que c’est qui je suis. Ce projet s’appelle « Bloqué là-haut » parce que j’étais dans une période où je ne savais pas si je voulais me lancer dans le son, continuer, ou avoir un petit job et faire du son à côté. Un petit peu entre le rêve et la réalité. Donc je comprends que tu aies pu ressentir une touche d’espoir en écoutant ce projet. C’est plutôt positif parce que je ne suis pas trop un mec torturé. Mais dans un morceau comme « Bloqué là-haut », il y a quand même certaines phases pour lesquelles, quand je les dis en concert, je me dis « c’est dur ». Mais en fait c’est la réalité.

 

DTJ : En même temps, le fait que ce soit sur une musique si vive relativise cette dure réalité.

D : Oui complètement, il faut y croire. Moi, je n’ai rien fait de particulier si ce n’est que je n’ai jamais arrêté d’y croire. Du coup, ça te permets d’avancer. C’est un peu mon histoire, je raconte aux gens ce que je vis, et donc l’espoir que j’ai.

 

DTJ : Quelle est la chose que tu aimerais le plus faire ressentir dans ta musique ?

D : De l’émotion. Souvent, les gens me demandent si j’ai un message dans mes textes en particulier. Moi je n’ai pas de message, c’est que des émotions. Quand des personnes me disent qu’elles se reconnaissent dans mes morceaux, où qu’un de mes morceaux les prend aux tripes, c’est ça qui me fait plaisir. 

 

DTJ : Cet EP, pourquoi tu as décidé de le sortir maintenant ?

D : Je savais qu’on parlait de moi en bien au niveau des concerts, c’était plutôt correct. Mes morceaux, pareil, c’était plutôt correct. Mais il n’y avait pas de projet, on ne pouvait pas me retrouver où que ce soit. C’était le bon moment aussi, parce que je savais qu’il y avait un minimum d’attente. Quand les gens venaient au concert, ils me demandaient souvent quand est-ce que je sortais un truc. C’est aussi un moyen pour les programmateurs de voir ce que je fais, c’est une sorte de carte de visite, de CV.

 

DTJ : « La Nouvelle », c’est une story telling, et c’est intéressant que tu te sois adonné à cet exercice, qui est, je trouve, de moins en moins populaire dans le rap aujourd’hui.

D : Mehdi Maizi a dit « moi la story telling je l’écoute mais je ne la réécoute pas ». C’est vrai qu’il y a peut-être un peu de ça. Mais il y a plusieurs manière de l’amener.La story telling c’est mon école, les artistes que j’écoutaient, Sinik, Youssoupha, en faisaient beaucoup. Je considère que je fais du rap, mais je fais d’abord de la musique. J’ai pas envie d’écrire un texte et de le coller sur de la musique. Je vais essayer de trouver une musicalité, des refrains, pour que d’abord ça s’écoute, et que si t’as aimé tu te concentres ensuite sur les paroles, dans lesquelles je ne dis pas n’importe quoi. Dans ce morceau, je m’inspire de tout ce qui se passe autour de moi, de mes potes, de mes expériences personnelles. Mais ça ne vise pas qu’une personne, c’est un condensé. En espérant que ça pourra parler à plusieurs personnes.

 

DTJ : Tu mets quoi dans ton Jukebox en ce moment ?

D : Je mets Migos, je mets le dernier G-Eazy, Gael Faye, et J. Cole qui tourne pas mal.

 

Vous pourrez retrouver Denfima notamment en première partie de Bigflo et Oli au Zénith de Toulouse en avril. Son EP « Bloqué là-haut » est disponible sur Spotify ici, et en physique . Bonne écoute !

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