Découvrez le voyage de Mélissa Bon

A 25 ans, la chanteuse Mélissa Bon a sorti ce vendredi 15 juin son premier projet, un EP de quatre titres nommé « Away« . C’est un projet retraçant un voyage, aussi bien physique qu’intérieur. Mais pour mieux le comprendre, je vous propose de lire l’interview qu’elle a accepté de nous donner ce jeudi 14 juin.

 

DTJ : Ta musique on pourrait un peu la décrire comme de la soul électronique. Mais au final c’est ta musique, c’est très personnel, c’est assez compliqué à définir.

Mélissa Bon : Moi-même j’ai du mal à la définir.

 

DTJ : On ressent beaucoup d’influences différentes dans ta musique, que ce soit des influences musicales ou culturelles. Je suppose que tu as écouté ou vu pas mal de choses différentes. Qu’est-ce qui a été le plus influent, t’a donné le plus envie de faire de la musique ?

Mélissa : A la toute base, en sortant même de la partie musicale, ça a été d’abord le chant. J’ai été fascinée par cet instrument et ce qu’on peut en faire sur le point physique, mais aussi les émotions qu’on peut transmettre, toutes les choses qu’on peut partager. Je vais aller sur des choses très classiques mais qui font partie de ce qui a bercé mes oreilles et ma vie, ça a été Whitney Houston, Sade, Nina Simone, des voix féminines mais très fortes et très profondes.

 

DTJ : Tu parles de la voix comme d’un instrument, et on oublie souvent que c’est un instrument. Tu l’utilises bien dans cet EP comme instrument en tant que tel, par exemple dans « Away » où il n’y a que la voix comme instrument. Ça a été une volonté pour toi de faire paraître la voix comme un instrument en tant que tel, et de montrer qu’on peut faire une musique juste avec cet instrument ?

Mélissa : Je ne sais pas si c’était une volonté dans le sens où ce n’est pas quelque chose que j’ai pensé à l’avance. Mais oui, la voix peut faire mille et une choses différentes et pas que sur la mélodie, mais aussi à travers le beatbox et tout ça on peut recréer tout un orchestre avec la voix. Pour « Away », ça partait de quelque chose d’assez céleste, aérien, et rattaché au gospel et à la musique de l’âme et du cœur. Je me suis amusée à trafiquer un petit peu ma voix pour amener des harmonies, des sons et jouer par-dessus, et en fait ça a fait le titre. Ça a été un one shot un peu. Je l’ai fait en quinze minutes je crois.

 

DTJ : C’est rapide ! Parce que c’est un morceau qui parait hyper travaillé, hyper réfléchi.

Mélissa : Ah non, du tout. J’avais déjà le texte en fait depuis quelques mois, que j’avais écrit pareil hyper rapidement, en 10 minutes je crois. Je l’ai laissé un peu de côté parce que je ne savais pas quoi en faire. J’étais chez moi, je chantais, et je me suis dit « tiens, ça c’est pas mal, je vais l’enregistrer ». J’ai fait toute la partie considérée comme instrumentale, donc toutes les voix derrière d’un côté, et après je me suis laissée porter par une mélodie. Donc ça a fait « Away ».

 

C’était comme écrire dans son journal intime.

 

DTJ : Tu parlais de l’écriture. C’est un aspect qui te plaît aussi beaucoup dans la musique ? C’est aussi un peu thérapeutique peut-être ?

Mélissa : Complètement. C’est le terme que j’allais utiliser. En fait, pour tous les titres j’ai commencé par l’écriture, parce que j’avais besoin d’exprimer ce que je ressentais. C’était comme écrire dans son journal intime, sans vraiment penser à des structures, ou être dans une espèce de restriction parce qu’il faut que je sois dans un format. Donc j’ai écrit plein de choses, tout ce que je ressentais, et après je me suis mise à retravailler des trucs, à découper un peu.

 

DTJ : Le fait d’écrire avant d’avoir la musique derrière et caetera, ça te permet d’avoir plus de liberté ?

Mélissa : Oui parce que je suis portée par mes mots, et la mélodie me vient après, et pas toujours immédiatement après. Je laisse toujours un peu de temps entre ce que j’écris et comment je l’imagine en musique.

 

DTJ : Je voudrais reparler un peu du commencement de ta musique. A quel âge tu as commencé à chanter ?

Mélissa : Je chante plus ou moins depuis toujours, et je ne sais pas pourquoi d’ailleurs parce qu’aucun membre de ma famille ne chante. J’ai toujours été hyper sensible à ça, très jeune la musique me faisait pleurer, me procurait beaucoup d’émotions différentes, me faisait danser, me rendait hyper joyeuse. Je m’y suis mise sérieusement à l’âge de 13-14 ans, enfin sérieusement mais dans ma chambre. A 15 ans j’ai commencé à faire de la scène, donc il y a dix ans.

 

DTJ : Tu prenais des cours de chant ?

Mélissa : J’en ai pris quelques-uns, mais c’est vraiment plus une formation autodidacte. Je chantais dans ma chambre, je me filmais, je m’écoutais. Par exemple, je me donnais un titre pendant un mois, et je rechantais le titre tous les jours.

 

DTJ : C’était quoi tes styles de prédilection pour chanter au début ?

Mélissa : Alors au début ça partait vraiment dans tous les sens ! Je me souviens, à l’époque il y avait une chanson d’Aaliyah, il y avait Anthony Hamilton, donc c’est assez R’n’B, soul, il y avait India.Arie, il y a eu Melodie Gardot, Erykah Badu… Tout ça quoi.

 

DJT : Le R’n’B ça me permet de rebondir sur The Voice, que tu as fait en 2014, je suis obligée d’en parler ! Tu avais fait « Unfaithfull » de Rihanna. Qu’est-ce que The Voice a pu t’apporter ? Ça a été une bonne expérience ?

Mélissa : Oui, oui, c’était une bonne expérience. Ça a été surtout une exposition médiatique assez importante, de manière assez soudaine. Mais j’ai vraiment vécu cette expérience comme une expérience de chanteuse, et pas d’artiste. Je bouclais la boucle de toute la période où j’explorais plus ma voix que ce que je pouvais en faire dans l’écriture, ou dans la créativité. C’était une expérience.

 

DTJ : Ça t’a plu ou pas ?

Mélissa : Euh, oui, ça a été un challenge. Parce que je suis assez introvertie, et c’est assez difficile oui, de monter sur scène dans un contexte où tu es jugée sur ta voix.

 

DTJ : Tu joues d’un instrument autre que ta voix ? Le piano est hyper présent dans ton EP.

Mélissa : Je pianote. Ouais, en fait dans le processus de création, je commence par l’écriture, et après je vais sur mon piano, et je plaque des accords. A partir de là je trouve des mélodies. Ou parfois les mélodies me viennent toutes seules et je viens apporter des accords de piano pour structurer et placer un peu, installer un peu le titre. Mais c’est pour ça que je dis que je pianote, je connais quelques accords et je tourne autour de ces accords-là. J’ai tout retravaillé après avec mon pianiste.

 

DTJ : Tu chantes en anglais, t’es bilingue de base ?

Mélissa : Oui ! Je parle autant français qu’anglais. J’ai grandi à Genève en Suisse, j’étais dans une école internationale et beaucoup de membres de ma famille viennent du Canada ou des Etats-Unis. Pour moi ça a été naturel, même dans l’écriture. J’ai toujours écouté plus de musique anglo-saxonne. Donc c’était juste fluide.

 

DTJ : On dit souvent aussi que l’anglais est une langue plus musicale que le français.

Mélissa : Oui. Tout bêtement pour le placement dans la bouche, c’est beaucoup plus rond. Ca résonne beaucoup plus que le français qui est une langue qui percute, qui est plus saccadée.

 

DTJ : Le tracklisting de l’EP me fait penser à un cheminement de reconstruction. « Blank » nous fait penser à quelqu’un qui repart de zéro, « Nomad » c’est voyager, être perdu, essayer de trouver sa place, « Away » c’est essayer d’aller loin du mal, il y a une sorte de renaissance aussi à travers la musique hyper épurée, et « One » je le vois comme quelqu’un qui retrouve un but. Tu l’as construit dans cet objectif-là ?

Mélissa : Oui oui ! Pour ce qui est du tracklisting, comme base j’avais un noyau qui était « Nomad ». Ce titre est vraiment au centre de l’explication de tous les titres, de ce que j’ai pu ressentir et de ce que j’ai pu vivre. C’est exactement comme tu dis, c’est super bien analysé, c’est vraiment cool. Comme je te le disais tout à l’heure, il y avait un côté vraiment thérapeutique à mon écriture et même aux sons. Effectivement, je voulais sur quatre titres montrer le départ et l’arrivée de tout ce travail et de ce voyage qui était physique mais aussi intérieur. On passe tous pour des raisons différentes par des phases de doute, de questionnement, de remise en question, de douleur, de dépression. Je voulais créer ce cheminement-là et permettre à ceux qui écoutent de se sentir un peu balancés vers quelque chose. Je ne sais pas comment mieux dire que ce que t’as dit donc c’est super.

 

 

DTJ : En combien de temps tu l’as construit ce projet ?

Mélissa : Un an et demi, par-là, si on compte vraiment tout l’arrangement, tout le travail qu’il y a derrière, une bonne année et demie oui. C’était assez long. Il y avait des textes qui existaient déjà depuis un moment mais que je n’avais pas explorés, et que j’ai retravaillés. Mais tout compris, du début à l’enregistrement, il y a eu un an et demi, deux ans. C’est long !

 

DTJ : Et pourquoi quatre titres ?

Mélissa : Je trouve bien de donner juste une petite étendue de ce que je peux faire. J’en ai d’autres qui sont déjà prêts. Mais j’avais envie de concentrer sur ces quatre titres-là déjà une bonne partie de ce qui va arriver ensuite. Et puis j’aime bien en fait. Ce n’était ni trois, ni cinq, et six je trouve que c’est déjà trop pour un premier. Quatre je trouve que ça permet d’avoir quelque chose d’assez aléatoire d’un titre à un autre. Je n’ai pas une très bonne réponse pour ça, mais c’est un peu un commun accord.

 

DTJ : Tu as dû faire des choix quand même pour les titres, tu en as d’autres qui étaient prêts ?

Mélissa : Oui, j’en ai d’autres qui sont bien prêts. Mais c’était assez évident de voir lesquels j’allais mettre dans l’EP. Comme je disais, je tenais vraiment à ce que « Nomad » soit dans l’EP. Comme j’ai mis beaucoup de temps à écrire les titres, il y avait des périodes bien précises, et je voulais que ce soit un peu cohérent avec ça. Donc ça correspondait à ces trois autres titres, avec tout ce cheminement.

 

DTJ : Du coup, on aura l’occasion de t’entendre sur un projet un peu plus long ?

Mélissa : Oui ! Je n’ai malheureusement pas encore de date précise, mais courant 2019. Ce sera un album.

 

DTJ : Pour moi, le morceau « One » annonce un peu la suite. Est-ce que les morceaux ressembleront un peu à ce qui se passe dans ce titre ?

Mélissa : Pour la suite, il y aura définitivement plus d’ouverture sur l’arrangement, il y a des titres plus rythmés. Il englobe pas mal de choses, il garde la partie très lente et profonde des trois autres titres, mais il court un peu plus.

 

Découvrez l’EP de Mélissa Bon en cliquant sur ce lien

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